L’intrigue se déroule dans l’archipel des Tuamotu où Igor, un vieux médecin célibataire qui mène une vie paisible au milieu d’une population qu’il apprécie, sent un beau jour sa vie lui échapper et cherche à en comprendre les raisons. Le roman à suspens implique le suicide d’un frère, une jeune vahine popa’a et le meurtre d’un touriste. En réalité, tous ces événements servent de support à une analyse pleine d’humour et décapante des acteurs parachutés dans une micro-société îlienne, mais aussi pour donner un témoignage plein de tendresse envers la population autochtone qui doit subir et s’adapter à la mise en place forcée de règles et mœurs occidentales, médicales et autres. […]
Alex du Prel (TPM n° 181, mai 2006.)
Imaginez un lieu envahi par les voitures, la place de la Concorde à Paris, par exemple. C’est ce que je connais de plus spectaculaire, mais on peut transposer la scène à Papeete, au croisement du boulevard Pomare et de l’avenue du Prince Hinoi, si on ne connaît pas Paris. On roule au pas et une jeune femme en profite pour sortir rapidement d’une voiture, faire signe de la main au conducteur et traverser devant les autres autos quasiment à l’arrêt. Rien que de très banal, vous me direz. Où donc est le souci ?
Pour moi, ça coince. Comment va-t-elle faire pour retrouver l’homme de la voiture un peu plus tard dans la journée ? La ville est si grande, il y a tellement de monde, de rues, de places, d’avenues, de croisements, d’immeubles ? Simple, me répondrez-vous.
Mais moi c’est le moment où ils se séparent que je garde en mémoire comme une blessure, ce moment qui ouvre des centaines de perspectives, plus rien n’est sûr, tout peut arriver et même le pire : qu’ils ne se retrouvent jamais.
Et cela m’obsède à chaque fois qu’un lieu inconnu m’est donné à voir, pas un lieu de fiction, comme dans un film, non, un lieu qui existe et dont je ne connais pas les règles, le fonctionnement.
C’est peut-être à cause de cette peur que j’ai choisi de vivre sur une île, au contraire source d’angoisse pour d’autres qui s’y sentent prisonniers, une île petite, dont je connais les limites même si je ne les ai pas explorées à fond, c’est inutile, je ne crains pas ces quelques sentiers encore ignorés au bout desquels je sais qu’il y a la mer. Et puis la route unique est toute droite, n’en croise aucune autre et, d’ailleurs, les voitures sont rares : les risques de surgissement de l’angoisse sont réduits au minimum, ni s’égarer ni être bloqué sinon par un orage soudain mais pas imprévisible, je connais tout le monde, tout le monde m’ouvrirait sa porte, d’ailleurs jamais fermée, pour m’abriter. L’angoisse, pp. 95-98
Il y a toutes sortes de polars polynésiens, habituellement la Polynésie sert simplement de décor exotique où les femmes sont des vahinés (en français dans le texte) et les hommes sont seulement ce qu’ils sont ou ne sont pas…
Irène Bertaud nous propose un polar déjanté où tout est vrai. Sur une île, tout est possible et tout devient réel. Surtout l’impensable, l’invraisemblable et la coïncidence remarquable. Il faut donc lire Une haine soudaine des cocotiers surtout quand on commence à les aimer ou à les imaginer vers le soir, au coucher du soleil, un verre à la main et la nostalgie au cœur. Vite, il y a quand même 216 pages!
Irène Bertaud est née en France de parents russes. L’essentiel de sa carrière est consacré à la communication médicale, métier qu’elle exercera pendant plus de 10 ans dans plusieurs capitales, dont New-York et Rome. Elle crée ensuite sa propre société de communication, à Paris, tout en entreprenant une analyse qui la mènera à devenir psychanalyste lorsqu’elle arrêtera son métier dans la communication, 15 ans plus tard.
Elle a exercé à Paris, puis dans le sud de la France et enfin à Papeete, qu’elle a quitté pour Rangiroa, où elle vivait et travaillait jusqu’en 2008 pour exercer à nouveau son métier de psychanalyste à Paris- tout en restant un auteur polynésien.
“Digne héritière de Chase et de Chandler, Irène Bertaud utilise le roman policier comme un moyen ludique et dynamique de peindre un tableau social et des portraits sans complaisance aucune. Portés par une plume vive, incisive et pleine d’humour, nous voici embarqués dans un monde insulaire que nous connaissons tous, mais que bien peu, à ce jour, ont osé décrire. Au long de ces deux cent seize pages, le séjour au paradis a des allures de descente aux enfers. […]
Une haine soudaine des cocotiers est une grande bouffée d’air pur dans l’air suffoquant des interminables et écœurantes litanies sur la beauté paradisiaque de nos lagons, vahine, cocotiers…” (J.G. in Toere n° 248 du 6 avril 2006)
Les temps sont durs pour Igor, ce médecin installé depuis 20 ans sur un atoll d’un millier d’âmes. Il y avait ses habitudes, ses patients, ses femmes, ses chats et ses cocotiers. Il s’était presque accoutumé aux gendarmes tropicalisés, aux maris rendus violents par les litres de bières, aux histoires d’inceste… Et puis la mort a tout gâché. Le petit paradis de corail dédié au tourisme et à la plongée sous-marine est subitement envahi par la drogue, les armes, les polices… Notre médecin excédé, perdu, s’en remet au cocktail somnifères et alcool et sombre peu à peu. Un polar plein d’humour, une réflexion sur les frictions entre société insulaire et mœurs occidentales.
Une haine soudaine des cocotiers
par Irène Bertaud
Mars 2006
216 pages
13,4x24,9 cm
ISBN 2 904 171 60-3